Le sol que je foule tous les jours

E aquilo que nesse momento se revelará aos povos, supreenderá à todos nao por ser exótico, mas pelo fato de poder ter sempre estado oculto quando terá sido o óbvio.
                                                                                                                     
                                                                                                                      Zé Ramalho

Dans le cadre du cours Écologie du regard : paysage et représentation, avec le professeur Éric Raymond, j’ai réalisé ce projet artistique en ayant pour objectifs l’exploration du paysage en tant que lieu d'inscription humaine à travers des techniques d'aménagement, de transformation et de représentation du monde, ainsi que la réflexion sur le rapport nature/culture présent dans la notion de paysage. 

D’abord, je me suis intéressée à comment le regard contribue à la construction du paysage. Pour cela, j’ai choisi le plancher de la station du métro Longueuil, près duquel j’habite et où je passais tous les jours. Dans ce plancher je voyais des images qui se formaient avec des lignes de fissures causées par l’usure du sol. J’ai pris des photos des images que je voyais dans les carreaux (un processus mental qui s’appelle paréidolie) et je les ai travaillées en les assemblant conjointement. J’ai imprimé les photos des carreaux sur un tissu et, avec très peu d’interventions, j’ai renforcé quelques lignes pour mettre en évidence les images qui étaient dans ma tête. Le résultat me rappelait beaucoup les peintures rupestres et c’était bien intéressant, car je me sentais comme étant dans ma préhistoire au Québec, sans avoir encore une intégration linguistique totale dû à mon immigration relativement récente (quatre ans). Pour moi, un lieu de passage comme cette station était une belle métaphore pour parler de mon statut d’immigrante. Le lieu de passage était quelque chose qui m’intéressait et que je voudrais m’approprier, comme pour m’approprier ma nouvelle vie au Québec. Passer d’un lieu à autre, changer complètement de vie, de paysage, des relations personnelles et explorer toute la richesse poétique et artistique que cela contient, cela m’intéressait. Peu à peu se rajoutaient à cela d’autres métaphores non prévues au début qui m’ont amené à développer l’idée du socle.

Il me semblait que, pour présenter mon tissu, un socle plus bas, plus proche du sol convenait. J’ai voulu donner un sens à ce socle, en le rendant cohérant avec l’idée que j’essayais de communiquer. De cette façon est née l’idée d’utiliser la céramique, même matériau que le plancher, pour recouvrir le socle, sa couleur blanche symbolisant ma nouvelle vie au Canada. La céramique blanche, brisée par endroits, laisse entrevoir la céramique que j’ai fait moi-même, une céramique sans forme définie, brute, qui donne l’impression de sortir du socle comme en le cassant pour s’exprimer. Cela illustre mon inconscient qui sort, qui s’exprime par l’art et qui communique ce qu’il contient de symbolique, de non-dit, à partir de l’interprétation de ce que je fait du monde.

En rappelant Kant, « nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais tel que nous sommes »